L’ART DANS LES CHAPELLES, 2026 Lieu : Chapelle du chateau des Rohan, Pontivy, Morbihan

2026, Nathalie Junod Ponsard

Dans le cadre de L’art dans les chapelles, 2026, 35ème édition   

Commissaire d’exposition : Eric Suchère

Incarnant les concepts de la chute, du soulèvement ou de la lévitation la chapelle est investie en son centre par une installation sculpturale diaphane. La Chute emprunte à l’esthétique baroque, l’expression d’un corps précipité comme dans certains décors de plafond, entre chute d’objet et chute de corps. On la retrouve chez Yves Klein ‘le Saut’, Marcel Duchamp, Ai WeiWei (avec les chutes d’objets) ou dans les performances de Chris Burden. Dans le même temps, inspirée par les recherches chromatiques de Fra Angelico ou de Piero della Francesca et, par les effets de mise en espace dans leurs peintures telle la profondeur de champ, ces références subtiles sont intégrées dans mes œuvres in situ dévoilant la force ou la puissance du visible.  

Suspendue, l’oeuvre La chute prend place en s’écoulant zénithalement en vagues (ou drapés) mauve et jaune d’or translucides, comme en apesanteur, dévoilant une sorte de plénitude lumineuse contradictoire avec la sensation de chute, tel un arrêt en mouvement. Cependant la matière elle-même de l’œuvre s’anime, elle est sonore. L’air en mouvement développe à l’intérieur de l’installation sculpturale des sons de légers claquements dans une immersion particulière contribuant à la perte des repères. La lumière du site éclaire la matière en révélant des brillances, des éblouissements impalpables, des chromatiques saturées et transparentes. L’œil s’y fond, le corps y plonge.

Sur la fenêtre, des “larmes de sang” glissent sur le verre en rubans rouges sculptés se déversant comme sans fin et projettent leur ombre écarlate au crépuscule.

Sur le retable sont placées deux sculptures en verre émaillé de la série Substance (2022). Évoquant la forme galénique des gélules, ces sculptures créent une tension allant d’un côté puis de l’autre de leur forme oblongue et brillante, l’apparente bichromie souligne la composition en deux parties. Quand la rétine se régale, Platon donne au mot couleur « Pharmakon » en grec le sens de remède, drogue ou poison, une puissance ambivalente et curative.

Photos 2, 3 & 6: Gwendal Le Flem